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06 février 2026 / Des questions aux réponses

Les travaux des Flamboyants débuteront dans moins d'un mois. Ils se dérouleront en trois phases qu'il n'est pas utile de détailler ici. En même temps que se pense la construction des bâtiments, le projet consolide son dessin général tout en continuant à s'inventer dans ce qu'il est en train de devenir : un lieu dédié à la création, toutes disciplines, non pas confondues mais chacune dans ses singularités qui feront des Flamboyants une maison pour toutes les formes artistiques. Maison bleue de la chanson, mais aussi une maison de production.

Étant le cordonnier, je serai le premier chaussé, c'est-à-dire le premier résident en création. Toutefois, ma résidence aura surtout pour objet d'essuyer les plâtres, en accordant une grande attention aux aspects techniques des installations et à leur qualité de vécu afin de donner une réponse simple à une question nécessaire : est-ce que Les Flamboyants seront un lieu inspirant ? 

Nous ne nous attarderons pas sur ce que signifie le mot inspiration, sinon pour reformuler autrement la question : est-ce que, en tant qu'artiste, j'aurai besoin de venir travailler et créer aux Flamboyants ? Il appartiendra aux artistes de donner des éléments de réponse à cette question qui n'a d'intérêt que si elle provoque des questionnements. Quant à moi, je travaillerai à donner des réponses qui seront autant de nouvelles questions.

27 janvier 2026 / Le mur du son


Le peuple lao aime passionnément la musique et les chansons. Alors, sur tous mes tournages de films, j'ai dû composer avec l'ambiance musicale diffuse et permanente qui oblige à faire de la création sonore si le récit a besoin de silence. Techniquement, tous les silences de mes films ont été fabriqués en montage. Dans la vie réelle, les habitants sont de mieux en mieux équipés en amplis et en haut-parleurs surpuissants pour un résultat qui va de pire en pire dans la saturation, la réverbération, les échos, les hyper-basses et les hyper-hautes fréquences... Ce désastre musical vient de ce que les Laotiens trouvent beaucoup de plaisir à tourner tous les potards de leur table de mix à fond dans le sens des aiguilles d'une montre en n'accordant aucune importance à la bouillie de sons qui en résulte. Or, l'un des potards commande le volume de sortie, ce qui a pour conséquence que la notion de voisinage et de proximité s'étend et s'entend au kilomètre à la ronde.

Cette donnée, qu'on dira sociologique par commodité pour enchaîner plus vite sur le sujet principal de cet article, nous a conduits à imaginer des dispositifs d'isolation phonique. Par bonheur, la contrainte est un terrain de recherches nécessairement vertueux, en effet, il n'existe pas d'autre alternative que devenir sourd ou retrouver la paix des oreilles. Le Laos étant un pays tropical dont le climat est réglé par un régime de Mousson (le vent souffle du nord au sud six mois de l'année, amenant le froid sec de l'Himalaya en hiver, et du sud au nord les six mois suivants, amenant la chaleur et les pluies de l'Océanie), nous avions déjà des préoccupations de brise-soleil, brise-vents et brise-pluies. Tous ces brisements sont donc à compléter avec les brise-sons. Autant de secondes peaux pour les Flamboyants qui contribueront à l'esthétique de l'ensemble.
Quand j'étais enfant, les fils barbelés étaient la solution la plus utilisée pour délimiter les terrains. Ils avaient pour fonction d'empêcher les buffles, les vaches et les chèvres d'aller manger les cultures dans les jardins des gens. Idéologiquement, dans les pays dits libres, le fil barbelé était l'emblème de tous les combats à mener pour les droits de l'homme et contre l'oppression. Maintenant que le Laos a adopté le mur en parpaings en lieu et place des fils barbelés, je me rends compte que ces derniers avaient l'avantage de ne pas arrêter la circulation des humains et d'être invisibles de loin. Tandis que les murs ne savent produire qu'une esthétique carcérale de l'habitat et sont visibles d'assez loin pour que cesse toute envie de voisinage. La situation est d'autant plus désespérante que les riches ne sont plus les seuls à s'enfermer dans leurs prisons dorées, dans leur monde parallèle sur-équipé en caméras de surveillance. Les pauvres aussi ont adopté le mur censé les protéger, avec comme motif d'espoir qu'ils continuent à vivre dehors, dans la rue même, où ils sont mieux qu'à l'intérieur de leurs murs surchauffés. Il est vrai qu'ils n'ont pas les moyens d'avoir la climatisation. Je crois qu'il était utile de contextualiser dans cette perspective la raison pour laquelle je me suis intéressé à la question des dispositifs de lutte contre les bruits du voisinage. Je n'ai aucune passion pour les murs. Mais l'étude de la propagation des sons dans l'air est un sujet passionnant. 




 




01 janvier 2025

Voici un dessin qui qui posait sur papier toutes les envies que nous avions à l'esprit pour ce que deviendront Les Flamboyants. Dans la moitié inférieure, on peut voir le lieu que j'habite depuis deux ans avec ma famille. Les Flamboyants ont donc été imaginés dans le prolongement de ma vie quotidienne. Le grand bâtiment rouge est un théâtre fermé destiné à accueillir des créations de spectacle vivant, danse, théâtre, musique, et toutes sortes d'activités corporelles qui nécessitent un plateau de grande dimension. Sous le grand plateau, était prévu un espace ouvert pour accueillir le public, des expositions, des performances de formes libres. Les bâtiments numérotés de un à quatre sont des ateliers avec logement pour accueillir en résidence des artistes, artisans, scientifiques de toutes disciplines. L'ensemble 6, au RDC du grand plateau devait abriter des bureaux et des studios de post-production audiovisuelle. Enfin, le bâtiment 7 était destiné au travail du bois, menuiserie, charpenterie, etc. 

Depuis, le dessin des Flamboyants et le projet a beaucoup changé mais les envies restent les mêmes.

30 décembre 2025


À deux jours d'entrer dans l'année 2026, Les Flamboyants se précisent dans leur dessein et leur dessin. La première phase de construction démarrera au printemps, dans le courant du mois de mars. Pour disposer rapidement d'un outil de travail opérationnel et pour ancrer le projet dans le cinématographe, nous avons choisi de construire en premier des salles de post-production audiovisuelle : un studio de montage son, un studio de montage image, une salle de projection pour finaliser sur grand écran l'étalonnage image, le mixage son et l'édition des copies de diffusion.

Cette première phase comprend l'aménagement d'un espace commun en terrasse et couvert, protégé du soleil et des précipitations, qui servira de cuisine, bar, salon, bureau et sera aussi conçu comme petit lieu d'exposition et de performances corporelles et musicales. 

Les Flamboyants seront un lieu de production cinématographique dans lequel chaque création fera l'objet d'un film qui viendra enrichir le journal filmé du lieu. 

La deuxième phase, qui démarrera fin 2026, consistera à construire des ateliers avec logements ainsi que la construction, à l'étage, sur une grande surface, d'un plateau destiné à recevoir des productions chorégraphiques, théâtrales, musicales et toutes activités qui nécessitent un travail dans l'espace comme les arts martiaux, les pratiques corporelles comme le yoga, le massage, les danses traditionnelles, etc.